Je me mutilais - 6

"Je m'en suis sortie, alors pourquoi pas vous ?"

"Vous n'avez aucune idée de combien il est dur pour moi de me forcer à arrêter de penser à vous, parfois."
Qui es-tu ?
Je m'appelle Alma et j'ai 18 ans.

Quand t'es-tu mutilée ?
Alors en fait, j'ai commencé à 13 ans. Je me suis vite stoppée, mais mes angoisses étaient toujours présentes... Alors j'ai eu la "bonne idée" de me mettre à fumer, je pensais que ça allait compenser, mais pas du tout ! Ça n'a fait qu'empirer mon état. Je ne me scarifiais plus, mais ça n'allait pas mieux pour autant. Je me suis mise à écrire (cf son blog, le lien est toujours à la fin de l'article), cela m'a beaucoup aidée. Pendant environ 1 an et demi je ne me suis plus coupée, oui c'est bien, je suis d'accord. Malheureusement, après avoir vécu certaines choses, j'ai replongé dans la mutilation. J'ai repris en octobre, juste une ligne, mais je savais que c'était perdu, que mon état allait s'aggraver. Effectivement, 2 mois plus tard, ça a dégénéré et mes coupures devenaient régulières.

Pour quelle raison tu fais cela ? Est-ce à la suite d'un événement en particulier ?
Je ne préfère pas rentrer dans les détails, je dirai juste que mon mal-être était inconscient. Au début, je ne savais pas pourquoi je le faisais. C'est peut-être bête, mais j'en avais besoin. Ça ne s'explique pas...
Etant enfant, j'ai subi un lourd traumatisme, et des événements sont venus tout chambouler et m'ont fait perdre les pédales.

Quand le faisais-tu ? A quelle fréquence ?
Je ne le faisais pas tous les soirs, je me scarifiais très peu à la maison. En fait, je me coupais à l'école. J'allais m'exiler dans les toilettes et durant la récréation je me mutilais... Au début je le faisais tous les jours, même les matins en arrivant au lycée, puis à 10h, à 12h, etc... On peut dire que c'était régulier oui. Mais je me suis vite atténuée car j'ai pris les choses en main. Je savais et avais conscience de ce que je vivais, donc je ne voulais pas me laisser couler.

Qu'est-ce que cela te procurait ?
Lorsque je me coupais, j'avais l'impression de revivre, de mieux me sentir, d'éprouver des sentiments. A cette époque j'étais beaucoup réservée, donc je voulais, inconsciemment, que les autres me voient. Alors je me coupais pour dire « Ohéh je suis là ! ». Ce n'est pas pour autant que je montrais mes marques. Oui, c'est paradoxal, je sais. Mais j'aimais me sentir vivante !

Pourquoi as-tu décidé d'arrêter ?
Je n'ai pas vraiment décidé d'arrêter. En fait, je n'en éprouvais plus le besoin, donc cela s'est atténué, puis j'ai arrêté. Oui, c'est simple dit comme ça, mais derrière il y a eu beaucoup de boulot sur moi-même.

Combien de temps ça a pris pour que tu arrêtes totalement ?
Si on part de mes 13 ans, je dirais... 4 ans et demi. Sachant que dans tout cela, j'ai arrêté 1an et demi. Pour être plus précise, à mes 13 ans, je me suis scarifiée 1 semaine, puis plus rien. Ensuite est arrivée ma période de trouble qui a duré un peu plus d'un an. D'octobre 2012 à février 2014. Et donc depuis février, je ne me scarifie plus !

Comment as-tu réussi à surmonter ça ?
Je me suis faite aider. Oui, j'ai accepté de l'aide, je savais que mon problème était grave, et que je ne pouvais pas surmonter cela seule. Pour commencer, je suis allée voir l'infirmier de mon lycée. Depuis ce moment, tout a été pris en main. J'ai pu être suivie par des spécialistes, et cela m'a fait beaucoup de bien. Je sais que ça fait peur, mais n'ayez pas peur ! Nous ne sommes pas fous, nous avons besoin d'attention et d'écoute. Les spécialistes sont là pour ça. C'est difficile à croire, je sais, mais ils m'ont beaucoup aidée.

As-tu peur de retomber dedans maintenant ?
Euh... Oui et non.
Non, parce que je pense m'être forgé un caractère assez fort pour résister. J'ai un projet en vue, je souhaite intégrer la gendarmerie. Mon concours se déroule dans pas longtemps, alors je n'ai pas le droit à l'erreur ! Oui, je me mets la pression, mais une bonne pression. Je dois rester forte pour atteindre mon objectif.
Oui, parce que j'ai peut-être un caractère de plomb, mais si jamais j'échoue à mon concours de gendarme, je ne sais pas comment je serai. Je ne peux pas garantir que je ne retomberai pas dedans.
Néanmoins, je suis confiante, et pense que tout cela est derrière moi. Mais bon, en écrivant ce témoignage, je ressens de la nostalgie. Je n'ai pas envie de retomber dans cet enfer, et je fais tout pour y rester loin. Mais je ne prédis pas l'avenir.

Ton entourage était-il au courant ?
Oui, mon entourage a été vite au courant. Tout d'abord ce fut mon meilleur ami, je ne voulais pas qu'il le sache, mais les événements en ont décidé autrement... Je me souviens du moment où je l'ai annoncé à mon copain... C'était le soir de Noël, nous étions au lit, et je lui ai dit comme ça. Je ne savais pas comment lui dire autrement, prendre des pincettes ce n'est pas mon truc. Voilà les premiers au courant.
Un mois après, mes parents l'ont été. C'était un soir, j'avais pété les plombs, et ma mère ne savait plus quoi faire. Elle m'a tiré les vers du nez, et j'ai fini par lui avouer. Je me rappellerai toute ma vie de ce moment... Je ne voulais pas lui dire, mais maintenant je suis contente que les choses se soient déroulées comme ceci. Je ne sais pas où ni comment je serais maintenant, si personne n'était au courant. Du coup, ma famille a été au courant, je n'étais pas forcément d'accord, mais je ne regrette pas. Tout le monde m'a aidée. Dans tout ça, mon copain et mon meilleur ami étaient là également. Grâce à tout ce monde, j'ai pu m'en sortir.
Ce n'est que par la suite que j'ai pu consulter. Mes parents étaient derrière moi, ce fut compliqué, très compliqué, mais je suis fière d'en être là aujourd'hui.

Un dernier mot ?
J'aimerais que tous les gens qui se scarifient regardent ce témoignage. Je m'en suis sortie, alors pourquoi pas vous ? Il ne faut pas perdre espoir ! C'est une fois qu'on en est sorti qu'on réalise vraiment dans quoi on était. Avec le recul, je me dis que même si ce que j'ai fait est grave, ça m'a permis de prendre de la maturité. Personnellement je pense que rien n'arrive par hasard, tout a des conséquences, parfois bonnes, et des fois mauvaises. Je ne suis pas entrain de dire que les scarifications sont bien, non ! Néanmoins, dans mon malheur, j'en tire quand même du positif. 

Tags : Scarification

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Comments :

  • Reckless

    06/06/2016

    C'est bien qu'elle est pu se sortir de ce cercle vicieux (enfin, sur le moment, on ne sait pas ce qui s'est passé par la suite) mais malheureusement ce n'est pas tout le monde qui a le courage et les nerfs nécessaire pour arrêter la mutilation. Je pense que plus la période de mutilation est longue, plus les chances d'arrêter sont minces.

  • Au-nom-de-ma-plume

    29/04/2016

    J'ai du mal à comprendre qu'on en arrive à ça (un peu comme pour le suicide mais c'est un autre sujet) mais je ne juge pas. On réagit chacun différemment aux aléas de la vie. Je suis heureuse qu'elle aille mieux. Des témoignages de personnes qui s'en sortent font plaisir.

  • azia-pouliche

    13/04/2016

    C'est une maladie vraiment douloureuse. J'espère qu'aujourd'hui ça va mieux. Je ne souhaite à personne de vivre ça

  • FictionEtCompagnie

    16/03/2016

    Ah enfin un témoignage qui finit bien ! :) Beaucoup de courage, j'espère que ce qui se mutilent suivront ta voie !

  • TakeMe-ToNeverland

    19/01/2016

    Une vraie drogue cette chose.. Ne jamais commencé..

  • W0nderful-pblv-x3

    19/06/2015

    Très beau témoignage la preuve que si on a la volonté on peut s'en sortir ! :)

  • ncismcabby

    29/01/2015

    Je trouve que tu as été vraiment très forte et très courageuse de pouvoir arrêter de te mutiler, pour moi en ce moment cela me parait impossible...

  • windteam24

    23/01/2015

    En effets nous avons été plusieurs à essaye de t'aider comme on pouvais, à te soutenir, notamment ton copain et moi, mais tu n'auras jamais fait d'aussi grand pas dans l'amélioration depuis que tes parent était derrière toi et tout ces spécialiste. Pour s'en sortir il faut en parlé c'est la clef. Une fois les bonne personne au courant tout va pour le mieux, n'ayez pas peur.

    Un combat virulent où on n'en voyait pas le bout, mais on ne peut que s'en sortir une fois les bonne actions de faites

    Je ne vois pas pourquoi tu raterais ton concours, tu va le réussir, et tu sais bien que j'ai toujours raison :p

  • my-loves-my-life

    22/01/2015

    quelle affreuse maladie et souffrance

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